Togo/Réforme du Sous-Secteur des Transports-Routiers: Tadjudini Dermane : « On ne peut pas du jour au lendemain, changer toutes les habitudes vieilles de plus de cinquante ans »

Le patron par intérim de la Direction des Transports Routiers et Ferroviaires (DTRF) revient sur les réformes en cours destinées à transformer profondément l’institution de sorte qu’elle participe pleinement à la réalisation des objectifs contenus dans le Plan National de Développement (PND 2018-2022) et la feuille de route gouvernementale 2020-2025. Tadjudine Dermane, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est conscient qu’il faut du temps pour que les résultats des différentes réformes entreprises donnent des fruits palpables, d’autant plus, ajoute-t-il, « On ne peut pas du jour au lendemain, changer toutes les habitudes des acteurs vieilles de plus de cinquante ans ». Lisez plutôt l’entretien !

Pourquoi la direction des Transports Routiers est-elle préoccupée par la professionnalisation du sous-secteur des transports routiers ?

Le gouvernement togolais, depuis une décennie, a mis l’accent sur la modernisation des infrastructures routières, portuaires et aéroportuaires. Après ces différents investissements dans les infrastructures, l’Etat veut s’occuper des services de transports routiers aussi, idée de les rendre plus compétitifs. Vous n’êtes pas sans savoir que dans notre pays et dans la sous-région, la route constitue le principal mode de déplacement. Plus de 90% des déplacements se font par la route aussi bien pour les personnes que pour les marchandises.

Il est de bon ton que le gouvernement togolais puisse également s’appesantir sur l’amélioration des services de transport routier afin d’offrir des services sûrs, fiables et de qualité à nos concitoyens.

Des consultants de l’Union internationale des transports routiers (IRU) s’activent depuis un temps aux côtés des acteurs du secteur des transports au Togo. Au fait quel est le travail qui leur est confié concrètement ?

Nous sommes actuellement en train de mettre en œuvre un projet avec la Banque mondiale. Le projet dénommé « Projet d’Appui à la compétitivité des services logistiques pour le commerce ». Dans le cadre de ce projet, nous avons recruté une assistance technique de l’Union Internationale des Transports Routiers. C’est un organisme accrédité auprès de l’ONU qui a eu à mener des réformes dans le sous-secteur des transports routiers dans plusieurs régions du monde.

Au regard de leur expertise, le gouvernement a fait appel à l’IRU afin de nous assister pour la formalisation et la professionnalisation du sous-secteur des transports routiers. Les consultants de l’IRU ont commencé leur assistance technique depuis février 2019 pour une durée de 40 mois.

L’assistance technique est structurée en 5 phases : Nous avons dans un premier temps, la phase diagnostique qui a été effectuée. Il y a également la phase de définition des visions des acteurs aussi bien publics que privés suivant un modèle de co-construction c’est-à-dire qu’on ne veut plus imposer les réformes aux acteurs, mais il faut qu’on construise les réformes avec eux de manière participative. La phase de l’élaboration d’un nouveau cadre juridique. Nous avons un avant-projet de loi qui a été élaboré et également les décrets, les arrêtés d’application. Une fois que la loi sera adoptée, les textes réglementaires vont suivre. La 4è phase est celle que nous venons d’adopter. Elle est consacrée à la formalisation, au renforcement de capacités des acteurs publics et privés. L’Etat a également encouragé les transporteurs à se constituer en faîtière des transporteurs routiers, ce qui est une première au Togo. Avec cette faîtière, nous espérons construire un lendemain meilleur pour le secteur.

Revenons en arrière, quelle est la situation aujourd’hui dans le sous-secteur des transports routiers ?

Le sous-secteur est confronté à plusieurs problèmes. Il y a les textes réglementaires qui sont un peu obsolètes. Ce sont des textes qui datent des années 70, 80 et 90. Entre temps, le sous-secteur a connu beaucoup d’évolution. Il fallait quand même qu’on actualise les textes. Mis à part leur état obsolète, nous avons également les conditions d’accès à la profession et les conditions d’exercice et les conditions d’accès au marché qui ne sont pas vraiment bien définis. Il fallait quand même clarifier ces conditions. Actuellement, un individu peut se lever, va acheter du camion et du coup, devient un transporteur, etc. Et c’est ce qui nous a poussé à militer pour le recrutement des consultants afin qu’ils nous accompagnent.

Nous avons d’autres problèmes notamment, la vétusté du parc automobile, l’absence de données fiables pour pouvoir orienter les décisions des pouvoirs publics.

Avec ce projet avec la Banque mondiale, nous avons aussi un autre projet avec l’Union Européenne dénommé « Programme d’Appui à la Gouvernance dans le Secteur des Transports » , nous comptons refondre le système de transport routier au Togo afin qu’il soit plus compétitif et pouvoir participer à l’atteinte des résultats définis dans le Plan National de Développement (PND 2018-2022) et aussi dans la feuille de route gouvernementale 2020-2025.

A écouter Monsieur le Directeur, un lendemain meilleur pointe à l’horizon pour les acteurs du secteur des transports routiers au Togo ?

Ce sont des réformes que nous avons entamées. Et la réforme, elle est progressive. On ne peut pas du jour au lendemain, changer toutes les habitudes des acteurs vieilles de plus de cinquante ans. Nous en sommes conscients et nous y allons de façon progressive. Une première phase consiste à faire prendre conscience aux acteurs du secteur. Ils sont aussi prêts à nous accompagner dans cette réforme et une fois que les textes seront pris, l’autre chose, c’est d’amener les acteurs à pouvoir respecter les nouvelles dispositions. Nous sommes sur la bonne voie.

La Rédaction

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